Le Fonds Hélène&Édouard Leclerc pour la Culture porte son regard en cet été 2014 sur une figure majeure et singulière de l’art au 20e siècle, Jean Dubuffet.
Inscrit dans la modernité, l’artiste explore l’humain à l’encontre des mouvements, des acquis de l’œuvre, des principes qui régissent le monde de l’art. Esprit subversif, réputé iconoclaste, tout à la fois peintre et sculpteur, dessinateur et lithographe, écrivain, architecte, homme de théâtre et musicien, Dubuffet apparaît comme un féroce adversaire de la prétention culturelle et un fervent partisan d’une expression originale et extraculturelle (Thomas M. Messer, 1973).
En marge des institutions et de leurs rouages, Dubuffet constitue deux grands ensembles d’œuvres, confiés au musée des Arts décoratifs (donation en 1967) et à la Fondation Dubuffet (création en 1973), dans un même souci de préserver la cohérence de sa production artistique, loin ces morgues d’embaumement, ces citadelles de la culture mandarine, que sont les musées (J. Dubuffet, 1967).
Ce rendez-vous d’exception est donné à Landerneau, dans le grand Ouest. Gageons que cette 5e exposition aux Capucins attire de nouveau un public nombreux et curieux.
Près de quinze ans après la grande exposition rétrospective au Centre Pompidou (2001), et la récente exposition aux Arts Décoratifs autour du spectacle de l’artiste, « Coucou Bazar », le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture a choisi de présenter cet artiste inclassable en réunissant deux collections exceptionnelles et complémentaires : la donation Dubuffet au musée des Arts décoratifs de Paris et la collection de la Fondation Dubuffet, créée par l’artiste lui-même.
En partenariat avec les Arts Décoratifs et la Fondation Dubuffet, le Fonds Hélène & Édouard Leclerc réunit ces deux collections majeures pour une découverte inédite du grand Œuvre de Dubuffet.
Né au Havre en 1901, mort à Paris en 1985, l’artiste Jean Dubuffet est une figure unique dans le paysage de l’art moderne. Son refus de l’ordre établi, cette « asphyxiante culture » qu’il dénoncera tout au long de sa vie, lui a permis de construire une œuvre singulière, d’une surprenante créativité, échappant à toutes les catégorisations et tous les -ismes du 20e siècle.
Les relations houleuses que Jean Dubuffet a pu entretenir avec les pouvoirs publics français et sa forte conviction que l’œuvre d’un créateur ne peut être comprise que dans une vision globale et isolée, sont à l’origine des deux collections ici présentées. Au mitan de son œuvre, Dubuffet va ainsi décider de réunir un ensemble unique constituant « une parfaite documentation pour qui veut étudier le développement de mes travaux » qu’il donne en 1967 au Musée des Arts décoratifs (21 peintures, 7 sculptures, 144 œuvres sur papier et de nombreuses lithographies).
Toujours dans l’intention de préserver un groupe d’œuvres accessible au public, Dubuffet crée sa propre fondation quelque temps après, en 1973. Outre la dotation initiale, il va prélever chaque année, jusqu’à son décès, des œuvres de sa production en cours pour les donner à sa Fondation. Cette dernière est également légataire de tous les carnets de croquis de l’artiste. La donation de Jean Dubuffet au musée des Arts décoratifs et la création de la Fondation Dubuffet sont donc intimement liées et procèdent d’une même intention. Réunies pour la première fois à Landerneau, les deux collections représentent ainsi un ensemble unique que l’artiste considérait comme essentiel pour la compréhension de son travail. L’un des aspects de cette exposition est de montrer des œuvres que Dubuffet avait donc choisies de conserver, mais aussi de révéler au public les raretés de chacune de ces deux collections. L’autre aspect est de mettre en lumière le lien privilégié qui unit Jean Dubuffet et le musée des Arts décoratifs qu’il a ainsi distingué pour être le premier dépositaire de son œuvre.
Organisée chronologiquement en 4 grandes sections, l’exposition ouvre sur une évocation de la période que Dubuffet a qualifiée de « Préhistoire » (1918-1936), période de tâtonnements et de recherches précédant la rupture de 1942, date à laquelle il décide de se consacrer définitivement à la peinture après avoir longtemps hésité entre le commerce familial de négoce en vins et une activité artistique.
L’exposition présente plus de 210 œuvres : 64 peintures, 42 sculptures et maquettes d’architecture, ainsi qu’une centaine d’œuvres sur papier dont une sélection est exposée dans un cabinet des dessins spécialement créé.
Les carnets de croquis de l’artiste sont mis en évidence dans certaines sections.
Une large vitrine évoquera les écrits de Jean Dubuffet, ses activités dans le domaine de la musique, l’estampe et les livres illustrés. Elle évoquera aussi l’intérêt qu’il a porté aux créateurs produisant hors des circuits officiels, pour lesquels il a inventé le terme d’Art Brut, et dont il avait constitué une collection qu’il acceptera d’exposer pour la première fois dans un musée, celui des Arts décoratifs, en 1967.
Outre la première exposition rétrospective de l’artiste, organisée par le musée en 1960, les positions anti-culturelles de Dubuffet l’amènent à choisir cette institution au statut indépendant, qui, sous l’impulsion de François Mathey, fut, dans les années 1960 et 1970, l’un des lieux majeurs de la création artistique parisienne, en marge des institutions existantes. C’est pour cette raison que Dubuffet est resté fidèle au musée des Arts décoratifs et a décidé de lui donner la priorité quand il s’agissait de présenter ses œuvres les plus récentes.
L’exposition donne donc un coup de projecteur sur les trois expositions majeures organisées par le musée après la donation de 1967: « Édifices, projets et maquettes d’architecture » (1968), « Parachiffres, Mondanités et autres peintures de 1975 » (1976), mais aussi « Le Salon d’été et autres » (1978), à propos du projet pour la Régie Renault, organisée à l’époque du procès entre l’artiste et la Régie.

Les coordonnées, 1978 acryle sur papier entoilé (avec collages) Coll. Fondation Dubuffet, Paris © ADAGP, Paris 2014
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